Main en gros plan tenant une seedbomb

Atelier seed bombs : à vous de jouer !

Les « seed bombs » ou « bombes de graines » en français, késako ? Ces petites boulettes de terreau, argile et graines sont issues d’une technique ancestrale. Elles étaient utilisées pour réensemencer des terres difficiles à cultiver. On date cette pratique de l’Antiquité, où elle aurait été utilisée au Moyen-Orient, en Égypte et dans certains pays d’Afrique du nord.
Ce n’est qu’au milieu du XXème siècle que Masanobu Fukuoka, un agriculteur japonais célèbre pour être l’un des pionniers de la permaculture et pour sa technique agricole du non-faire, a remis en œuvre ce procédé ancien. Il l’a utilisé et perfectionné dans ses champs :

Quand le riz est semé en automne et laissé découvert, les semences sont souvent mangées par les souris et les oiseaux ou bien elles pourrissent au sol et c’est pourquoi j’enferme les semences de riz dans de petites boulettes d’argile avant de semer.

De façon plus ou moins simultanée, leur utilisation militante par les “guerilla gardeners“, pour reverdir les espaces urbains, a fait évoluer leur statut de « boulettes » à « bombes de graines ». C’est cet aspect que l’article qui suit va développer, avec la vocation de fournir à toute personne motivée une base de données pour fabriquer ses propres seed bombs, voir d’organiser un atelier sur le thème !

Les seed bombs, pourquoi ?

[Pour  cette partie et toutes les suivantes, la question peut toujours être posée aux participants avant de développer la réponse]
Main en gros plan tenant une seedbomb
La révolution à portée de mains.

Diverses raisons peuvent pousser à semer ces mélanges de graines à travers les villes :

  • Sensibiliser les citadins à la question de la végétalisation en ville : au quotidien on ne se rend parfois plus compte de la quantité de goudron et des espaces verts très bien rangés qui nous entourent. Quelle(s) réaction(s) peuvent alors provoquer des plantes plus ou moins incongrues ayant poussé dans des endroits inattendus ? Peut-être quelques questions comme… quelles sont ces plantes ? Quelles rôles peuvent-elles jouer pour le sol, l’air, les insectes ? Qu’apportent celles que je vois d’habitude ? Est-ce qu’il pourrait y en avoir plus ?
  • Aider les insectes pollinisateurs à trouver du pollen en ville : abeilles, papillons, bourdons, guêpes, mouches, moustiques pour les plus connus d’entre eux. En transportant le pollen des fleurs mâles vers les fleurs femelles, ils jouent un rôle capital dans la reproduction des plantes.
  • Aider les oiseaux, petits mammifères et autres insectes à trouver leur nourriture et ainsi favoriser leur installation et donc la biodiversité.
  • Améliorer la qualité des sols en semant des plantes dont les racines vont décompacter le sol : une fois leur cycle de vie terminé les racines vont mourir et laisser des interstices vides qui faciliteront la vie du sol. Les plantes non cueillies vont par ailleurs se décomposer sur place et enrichir le sol en azote et autres composants qu’elles auront fixé lors de leur croissance.
  • Embellir des espaces publics délaissés qui verront germer et fleurir des plantes de façon inattendue.

Quand les semer ?

  • En avril et mai principalement, lorsque la nature se réveille !
  • Mais aussi tout le reste de l’année, en adaptant les graines.

Remarque : vous pouvez vous faciliter la tâche en choisissant en jardinerie des mélanges de graines déjà préparés selon des caractéristiques données (comme les engrais verts, les prairies fleuries, les fleurs mellifères…). Assurez-vous quand même de ne pas choisir des hybrides F1, des plantes OGM, etc…

Astuce : dans les boutiques bio, on trouve traditionnellement des mélanges de graines “à germer”, rayon alimentaire. Si elles sont normalement destinées à la consommation, elles sont aussi par définition sélectionnées pour leurs qualités germinatives… donc rien ne vous empêche de vous en servir pour vos seed bombs, à des prix parfois très intéressants 🙂

Que mettre dans les seed bombs ?

Mise en garde

Quelles graines choisir, comment les associer ? Précisons d’abord qu’il est important d’utiliser des plantes locales, adaptées à leur futur environnement, ceci en vue d’éviter les risques d’invasion. L’objectif n’est pas de faire disparaître les espèces autochtones mais bien de favoriser la biodiversité ! Si besoin, avant de vous lancer, vous pouvez jeter un coup d’œil à la liste des 100 espèces invasives les plus préoccupantes publiée par l’Union internationale pour la conservation de la nature 😉
Si vous préparez vous-même vos mélanges n’hésitez pas à vous aider de sites comme 1jardin2plantes ou de tela-botanica (bases de données sur les différentes plantes) en prenant garde d’associer des graines qui germeront à la même période de l’année. En revanche, il est intéressant de mélanger des graines aux propriétés agronomiques différentes, par exemple :

  • une légumineuse, qui va fixer l’azote de l’air dans le sol
  • un légume feuille à l’enracinement superficiel, d’une durée de vie courte et gourmand en azote.
  • un légume racine à l’enracinement plus profond, d’une durée de vie plus longue.

Plantes à privilégier

Voici ci-dessous des exemples concrets de plantes particulièrement indiquées pour les seed bombs (certaines appartiennent à plusieurs des catégories citées) :

Plantes dépolluantes :

Elles absorbent les substances nocives présentes dans l’air et la terre grâce à leur feuillage et leurs racines. Elles les décomposent puis les transforment en matière organique. Ainsi, les plantes fixent les polluants, qui ne se retrouvent plus dans l’air ambiant et peuvent même les transformer en éléments sains (voir Phytoépuration et Bioépuration).
Exemples :  Fougères, lierres, roseaux communs, scirpes, laiches, joncs, massettes, iris…

Plantes fixatrices d’azote :

C’est le cas de la majeure partie des Fabacées, plus connues sous le nom de légumineuses. Elles permettent d’enrichir le sol en en transformant l’azote atmosphérique grâce à des bactéries et le rendre disponible pour les plantes sous forme d’azote minéral.
Exemples : trèfle, lupin, luzerne, sainfoin, vesce…

Plantes mellifères :

En produisant suffisamment de nectar et de pollen de qualité, elles attirent les abeilles et autres insectes pollinisateurs qui s’en serviront comme base de leur alimentation.
Exemples : bourrache officinale, phacélie, pissenlit, luzerne, colza, sarrasin, carottes…

Pissenlit dans la ville
Pissenlit dans la ville. Auteur : Daniel Kulinski CC BY-NC-SA

Plantes vivaces (ou pérennes) :

Grâce à différentes stratégies de survie, elles sont capables de vivre plusieurs années, du moins sous leur climat d’origine. Hors périodes de gel, elles peuvent se planter à n’importe quel moment de l’année.
Exemples : thym, hélichryse(plante à curry), reine des prés, lierre terrestre, saponaire, herbe aux chats…

Plantes potagères :

Étymologiquement les plantes cuites “dans un pot” pour la soupe, le potage. Des plantes dont une partie au moins est comestible donc (racine, feuillage, graines…).
Exemples : choux, asperges, carottes, fèves, nigelles de Damas…

Plantes aromatiques et condimentaires :

Utilisées en cuisine et en médecine, pour assaisonner, aider à la guérison et maintenir en bonne santé.
Exemples : aneth, basilic, cresson de terre, coriandre, ciboulette, cerfeuil éternel…

Plantes structurantes :

Grâce à leurs racines elles vont décompacter le sol et favoriser le développement des vers de terre (ils privilégient les conduits créés par les racines pour se déplacer) et des bactéries / champignons (qui ont besoin d’oxygène pour se développer)  ce qui améliorera la qualité du sol (rendre le sol vivant).
Exemples : moutarde blanche, luzerne, phacélie, vesce, féverole, trèfle incarnat…

Qui peut les semer ?

Tout le monde ! Les espaces publics sont des espaces communs, appartenant aux citoyens.

L’espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l’ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont à l’usage de tous. Ils appartiennent soit à l’État (domaine public), soit à aucune entité juridique et morale de droit ou, exceptionnellement, au domaine privé. (Wikipédia : Espace public)

La mairie les entretient par défaut, car les citoyens ont oublié que ces espaces leur appartenait. Mais à l’image des incroyables comestibles rien ne nous empêche de les (ré)investir !

Où les semer ?

Partout où un bout de terre côtoie le ciel… ! Il faut évidemment que la graine puisse trouver de la terre pour y développer ses racines et il faut aussi que cette terre soit soumise à la pluie et à la lumière pour que la plante puisse y croître. À y regarder de plus près, les espaces urbains regorgent de petits espaces qui ne demandent qu’à s’enrichir de verdure :

  • Les seed bombs peuvent se poser au pied des nombreux arbres qui bordent les routes et n’ont en général que de la terre et des cailloux pour compagnons
  • Dans les fissures sur les trottoirs, entre les trottoirs et les immeubles
  • Sur des terre-pleins séparant la chaussée
  • Elles peuvent être lancées par-dessus des portails dans des jardins abandonnés
  • Sur les rond-points
  • Dans des terrains vagues, des zones en friche, des toits végétalisés
  • Et biens d’autres qui restent encore à imaginer…

Comment les fabriquer ?

La recette

Assez parlé, place à la pratique ! Pour l’atelier cuisine euh… seed bombs vous aurez besoin :

d’un seau ou autre récipient suffisamment grand, de terreau (ou compost tamisé), d’argile (rouge,verte ou blanche), de graines, d’un vaporisateur d’eau, et de feuilles papier à recycler (vieux journaux, magazines… etc)

Les proportions du mélange sont les suivantes :

  • ≅ 3/4 de terreau (ou compost tamisé)
  • ≅ 1/4 d’argile
  • Les graines sont ensuite ajoutées en quantité suffisante pour qu’il y ait au strict minimum une graine par seed bomb (plus c’est quand même mieux)

La fabrication

On commence par mélanger l’argile avec le terreau de façon bien homogène. S’il y a trop d’argile à certains endroits cela risquerait d’empêcher la germination des graines. A l’inverse s’il n’y en pas assez, les boulettes ne se tiendront pas.
Ensuite on ajoute les graines et on mélange une seconde fois pour bien les répartir partout.
Enfin on ajoute l’eau grâce au vaporisateur ; la dispersion en pluie fine des gouttes d’eau est importante. Elle permet une humidification progressive et uniforme du mélange et évite ainsi la formation d’agglomérats.

On malaxe, on malaxe…
et lorsque la consistance vous paraît bonne c’est parti pour la confection des boulettes !
On roule, on roule entre ses paumes…

Pour mieux les conserver ensuite, vous pouvez faire sécher les boulettes dans un endroit aéré. Étaler les sans superposition et sans les placer directement au contact d’une source de chaleur. Donc ne les mettez pas au four ou sur le radiateur. Ce serait trop “violent” pour les graines et l’argile craquellerait.

Les feuilles de papier à recycler vous serviront à confectionner de petits cornets à remplir non pas de frites, mais de vos seed bombs fraîchement réalisées ! Les participants à l’atelier pourront ainsi repartir avec leurs cornets et les distribuer à volonté autour d’eux…

à vos marques… prêts… SEMEZ !! 😉

Quelques seed bombs ou bombes de graines
Quelques seed bombs ou bombes de graines

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